Reparations

Rwanda: la responsabilité de réparer

Par Colette Braeckman

colette_braeckmanAu Rwanda, l’heure est au chagrin, au souvenir. La mémoire des disparus hante les manifestations officielles et les colloques ; le rappel des responsabilités de ceux qui commirent le génocide ou qui le laissèrent se développer sans intervenir est omniprésent. Cependant, des voix manquent à l’appel. Elles ne s’expriment qu’au stade, lorsque des secouristes emmènent loin des regards des silhouettes hurlantes de chagrin, lorsque des gémissements perturbent les discours officiels.

Qu’il s’agisse de la conférence sur le génocide ou de la plupart des autres manifestations de commémoration, les associations qui défendent les droits des survivants sont extraordinairement discrètes. Certes, des témoignages individuels sont présentés, mais presque rien n’est dit sur la souffrance quotidienne de ceux qui se sont retrouvés seuls à se battre pour simplement survivre.
Dans un discours inspiré, dépourvu de reproches et d’acrimonie, le président Kagame a souligné la résilience de son peuple, le fait que malgré tout les Rwandais, qu’ils soient victimes, anciens prisonniers, réfugiés, ont choisi de rester ensemble et de « voir grand », pour construire un meilleur avenir et sortir de la pauvreté.

Quant aux représentants de la communauté internationale, ils ont décliné sur tous les modes la « responsabilité de protéger », l’obligation de ne pas rester insensible face à des tueries massives, présentant cette notion nouvelle comme l’une des leçons tirées du génocide au Rwanda.

Mais nul, qu’il soit Rwandais ou étranger, n’a évoqué une éventuelle « responsabilité de réparer », le devoir d’apporter aux victimes non seulement des assistances ponctuelles, mais une réelle indemnisation pour les pertes en vies humaines et aussi les dommages matériels et physiques subis durant le génocide. Certes, dans la mesure de leurs moyens, les autorités rwandaises ont créé un fonds d’aide aux rescapés, largement insuffisant et le pays a, d’une manière générale, bénéficié de l’assistance des bailleurs qui assurent près de 50 % du budget. Mais ces veuves trop faibles pour cultiver leur champ, ces garçons et filles qui n’ont personne pour payer leurs études supérieures, les soutient-on vraiment ? Il ne suffit pas de mettre au pied du mur les puissances qui ont abandonné ou trahi le Rwanda, d’espérer des excuses ou des aides macroéconomiques.

Vingt ans après, il n’est pas trop tard pour mesurer les dommages et, enfin, veiller à indemniser directement, personnellement, les rescapés du génocide qui demeurent les plus seuls, les plus silencieux des Rwandais. Fin

Colette Braeckman est une journaliste belge, née le 20 avril 1946, à Ixelles. Elle est membre de la rédaction du journal belge francophone Le Soir, en charge de l’actualité africaine et plus particulièrement de l’Afrique centrale. Elle est également chroniqueuse dans des revues et magazines, dont Le Monde diplomatique.

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